mardi 2 avril 2013

Challenge A à Z - B comme Baptême


Lorsqu'on débute en généalogie et qu'on passe la barrière de la Révolution Française, on se retrouve projeté dans l'Ancien Régime avec, à notre disposition 3 actes possibles : les baptêmes, les mariages et les sépultures. C'est d'ailleurs pour cela qu'on résume ce triptyque en BMS par opposition au NMD post-révolutionnaire correspondant aux Naissances-Mariages-Décès.

Mais ce blog ayant pour vocation d'aider le généalogiste débutant, il m'a paru nécessaire de faire un point sur l'acte de Baptême, élément fondamental de la recherche généalogique.

Pour commencer, il faut savoir quelques petites choses sur l'histoire et le principe du baptême sous l'Ancien Régime.


Un peu d'histoire

La France était un pays officiellement catholique au point que le roi Henri IV a dû abjurer sa foi protestante et se convertir au catholicisme pour pouvoir régner. Cela ne l'a pas empêché d'être assassiné par un illuminé catholique quelques années plus tard, en 1610. Or, pour les catholiques de l'époque, le baptême était absolument nécessaire pour tout sujet du royaume car cela signifiait l'appartenance à la religion d'état.

L'autre raison, plus religieuse, était que toute personne mourant non baptisée, verrait son âme aller en enfer car le baptême purifiant l'homme de ses pêchés, son absence le souillait à jamais. De manière pratique, cela mettait cette personne au ban de la société puisque pas de baptême signifiait pas de mariage possible et pas d'extrême-onction non plus. Donc, concrètement, pas de vie sociale.

Le point bloquant se situait pour les enfants nouveaux-nés. La mortalité infantile étant alors très élevée, on craignait que l'enfant ne décède avant son baptême, ce qui condamnait son âme à errer éternellement dans les Limbes, sorte de zone pré-infernale : le nouveau-né n'ayant pu pêcher, son âme ne pouvait aller en enfer, d'où l'invention du concept de Limbes.

Il était donc vital de baptiser les enfants au plus tôt, et c'est la raison pour laquelle il était généralement baptisé le jour de sa naissance ou le lendemain, et dans des cas plus rares, deux ou trois jours après. En cas de danger de mort pesant sur le nouveau-né, on avait trouvé l'ondoiement, qui permettait à tout catholique de pratiquer une sorte de baptême "light", le sauvant des Limbes au cas où. Cet ondoiement étant suivi, si l'enfant survivait, d'un baptême en bonne et due forme.

C'est donc la raison pour laquelle on trouvera les deux mentions dans les actes de baptême : soit le baptême, soit l'ondoiement. En pratique, l'ondoiement était peu souvent suivi du baptême car l'enfant décédait dans les heures voire les jours qui suivaient.

Aspects pratiques

L'autre aspect important est que tout enfant avait droit au baptême : il n'était pas responsable des pêchés de ses parents. En d'autres termes, un enfant illégitime pouvait parfaitement (et devait) être baptisé sans problème. Il ne s'agissait pas d'une tolérance à l'égard des moeurs des parents de la part du curé, mais bien une nécessité quasi-vitale, de sauver les âmes des griffes du démon !

On notera que dans le cas d'enfants nés de père inconnu, la mère allait souvent accoucher chez une sage-femme. En effet, les filles-mères étaient dans la plupart des cas rejetées par leurs familles et n'avaient pas de foyer à elle, d'où cette nécessité d'aller mettre leur enfant au monde dans un lieu sûr. Dans ce cas, c'est donc la sage-femme qui déclarait l'enfant au curé et qui l'avait parfois ondoyé.

Un élément important et parfois crucial pour le généalogiste est que le baptême offrait aux enfants un parrain et une marraine. Ces compère et commère comme ils se nommaient, était en fait des parents de substitution au cas où les parents en titre venaient à décéder prématurément.

Dans la plupart des cas ils étaient choisis dans la famille, mais ils pouvaient également être des amis, voire des personnages prestigieux de la région.
Dans tous les cas, une constante assez forte et a priori valable dans tout le royaume, est que le nouveau-né garçon prenait le prénom de son parrain et qu'un nouveau-né fille prenait celui de sa marraine. Cela explique entre autres la fréquence de certains prénoms, surtout quand le parrain était le grand-père ou la marraine la grand-mère.

Les compère et commère étaient liés entre eux par les liens du baptême de leur filleul : ils ne pouvaient donc pas se marier entre eux ni épouser un membre de la famille de l'enfant car cela était considéré comme de l'inceste. C'est la raison pour laquelle ils étaient choisis dans la famille ou dans des milieux où il n'y avait a priori pas de risque de mariage (du simple fait de l'abomination génétique de nos ancêtres pour les mésalliances ...).

L'Acte de Baptême

Les informations qui figurent dans l'acte de baptême sont au minimum les suivantes :
  • le prénom et le nom de l'enfant baptisé
  • la date du baptême
  • le lieu du baptême, qui est généralement celui de l'église paroissiale dont dépendent les parents
  • le nom des parents
  • le nom des parrain et marraine

Parfois, on trouve, en plus de ces informations minimales :
  • la date de naissance de l'enfant
  • le lieu de naissance de l'enfant
  • la profession et l'âge des parents
  • la profession des parrain et marraine
  • le lien de parenté des parrain et marraine avec l'enfant 
  • le lieu d'origine ou de résidence des parrain et marraine

Il est évident que si l'acte de baptême est complet, cela donne une mine d'informations au généalogiste.

Attention toutefois aux homonymes fréquents, même au sein d'une famille : il n'est en effet pas rare de compter plusieurs soeurs se nommant Marie ou plusieurs frères se nommant Jean. Le problème est que vue l'approximation des âges donnés dans les actes ultérieurs, on peut avoir un doute, jamais résolu quant à l'acte de baptême d'un ancêtre.

Prenons par exemple, deux frères prénommés tous les deux Jean, le premier né le 1er janvier 1722 et le second né le 1er juin 1724. De nos jours, il n'y aurait pas de problème. Seulement, à l'époque, on avait une imprécision assez importante sur les âges. On peut avoir par exemple, le premier Jean marié en 1743 âgé de  "20 ans ou environ". Si on fait 1743 moins 20, on obtient 1723. Quel est alors le bon Jean ? La seule chance de s'en sortir c'est d'avoir une mention dans son acte de mariage indiquant par exemple la présence de son parrain ou d'autres éléments comme un recoupement avec son acte de décès ou les actes de naissance de ses enfants, pour peu que son âge soit donné.

Cela montre donc que tous les éléments des actes de baptêmes sont importants, même les plus anodins. On pourra par exemple noter, au sein d'une fratrie, des lieux de baptêmes différents : cela peut signifier un déplacement de la famille pour des raisons économiques. Ces déplacements seront d'une très grande utilité pour trouver les actes de mariages des filles ou de décès des parents (voire des autres frères et soeurs).

La grande frustration se trouve pour des enfants nés de parents Protestants ou Juifs. Il faut attendre 1787 pour que Louis XVI promulgue un édit assouplissant le régime de ces sujets. D'autres sources existent néanmoins, comme les registres dits du Désert pour les Protestants, mais ils sont assez lacunaires et moins bien structurés que les registres paroissiaux classiques.
A noter que certains de ces non-catholiques, décidaient toutefois de faire baptiser leur enfant selon le rite "papiste" pour leur offrir une vie "normale". Mais les curés n'étaient généralement pas dupes et c'est la raison pour laquelle on trouve parfois des mentions comme "appartenant à la Religion Prétendûment Réformée".


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Pour aller plus loin :


           

2 commentaires:

  1. On a eu la même idée pour cette lettre (-;

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  2. Comme quoi, les grands esprits se rencontrent ;o)

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