mardi 16 septembre 2014

Chancres, plaies et autres merveilles


Lorsque j’étais enfant, j’avais une image assez romantique de l’Ancien Régime, imaginant les Rois et les Reines de France en costume fait de matières précieuses et rares, le tout orné de pierres précieuses. Et puis, surtout, ces personnages étaient beaux. Beaux selon nos critères d’aujourd’hui, c’est-à-dire la taille bien faite, le corps svelte et le sourire éclatant.

De même, l’imagerie de mon enfance, présentait une population rurale partagée en deux catégories :

  • celle des travailleurs, bien faits, musclés et le regard intelligent pour les hommes et fines, belles et le visage souriant pour les femmes
  • celle des mendiants scrofuleux,  laids et contrefaits à l’instar du bossu de Notre-Dame.

Visite à l'hôpital - Début du XVIIème


Et puis, les années passant, on réalise que tout n’était pas aussi idyllique et qu’en réalité la plupart de nos Rois et Reines sont morts dans circonstances épouvantables (qu’on pense à Louis XV dont la puanteur du corps au moment de son trépas faisait s’évanouir ses courtisans), qu’ils vivaient de manière effroyable (crâne rasé pour éviter les poux, yeux et peau du visage brûlés à force de les couvrir de vinaigre ou de teinture au plomb). Finalement, beaucoup de nos ancêtres ayant vécu au XVIIème siècle étaient beaucoup plus proches du Jacquouille des Visiteurs que des peintures officielles …

Mais quid des gens du peuple ?

En fait, peu de curés abordent le sujet et il faudrait sans doute se plonger dans les ouvrages médicaux de l’époque pour avoir une idée des pathologies en vogue chez nos ancêtres.
Pourtant, il existe quelques sources grâce à des curés qui, soit par curiosité morbide, soit par goût de l’observation de leurs semblables, se sont plus à décrire la façon dont la maladie avait eu raison de leurs ouailles.

Ainsi, au début du XVIIème siècle, le vénérable et discret messire Delamarre, curé de la paroisse de Béthisy-Saint-Pierre, dans l’actuelle Oise, donne des détails intéressants sur les causes de la mort de ses congénères, sans doute pour justifier également le fait qu’ils n’ont pu observer les rites nécessaires à la survie de leur âme …

Pierre Le Quoy, alors soldat dans l’armée Royale, décède le 23 avril 1617 « ayant perdu la parole, suite à sa maladie » … Conséquences d’un AVC ? Tumeur ? Difficile de savoir avec si peu d’informations.

Marguerite Genys, femme de Valentin Desain est décédée « de mort subite » le 19 mai 1617 « ayant le jour même été au marché ». Pourquoi préciser de fait ? Avait-elle fait un effort particulier ayant conduit à sa mort ?

Jean Pya est décédé le 24 novembre 1617 à seulement 30 ans « d’hydropisie ». En d’autres termes, ce jeune homme était malade du cœur et en est mort …

Jean Baillon est mort le 12 février 1618 à l’âge de 22 ans. Ce qui est étonnant c’est qu’il est « tombé malade, a perdu tout jugement et est mort fou » ! Sans doute une maladie ayant affecté le cerveau ?

Gabriel Gruier est décédé le 22 août 1620 des suites d’une « maladie caduque » ! Il semble qu’il s’agisse en nos termes actuels d’épilepsie. Il est sans doute mort étouffé après avoir avalé sa langue.

Nicolas Choron, dit la Jeunesse, boucher de Béthisy est mort le 26 décembre 1620 à l’âge de 46 ans « des suites d’une maladie qui le tenait à l’estomac depuis 15 ans. Il avait reçu les sacrements de l’église il y a plus de 3 mois, avait cessé son métier de boucher et était au lit depuis ». Une mort lente et sans doute douloureuse …

Jeanne Fagnet, veuve d’Hector Collas  est décédée à 70 ans le 21 janvier 1622 « d’une maladie qu’on nomme vulgairement apoplexie ». Une vie longue et une fin rapide …

Nicolas Boileau est mort à l’âge de 48 ans le 16 décembre 1622 « d’un mal qui lui est venu près du nez et qu’on nomme vulgairement chancre » … Encore un qui aurait subi de nos jours une petite opération et qui aurait continué à vivre …

Nicole Caron, la femme de Jean Desengins est morte le 27 mars 1623 « après avoir été malade pendant 11 ans » … Difficile de connaître les causes exactes de son décès, mais cela a dû être douloureux.

Jean Lesueur, le gendre de feu Noël Huiart, est décédé le 25 novembre 1624 « d’apoplexie après n’avoir été malade que 6 heures et demie ». Le curé précise que ledit Jean Lesueur est mort en aidant son voisin à porter du bois … Une crise cardiaque liée à un trop grand effort ?

Jeanne Duclos, veuve de Pierre Collar, est morte le 31 mars 1625, « ayant été malade presque un an de deux plaies, dont l’une près de la cheville du pied droit, par faute du chirurgien qui a coupé à la cheville suite à une opération et qui a causé ladite plaie ». S’agit-il des suites mal gérées d’une opération ?

Emond Sance, décédé le 13 septembre 1627 à l’âge de 46 ans, « de la maladie contagieuse, sa chambrière et deux de ses filles étant mortes auparavant ». On a tendance à oublier que les épidémies faisaient des ravages dans le Royaume à cette époque, un peu comme actuellement au Libéria avec Ebola …

Perette Choron, est décédée le 24 juillet 1654 à l’âge de 45 ans. Le curé écrit pudiquement que « c’était une fille fort incommodée de santé durant le cours de sa vie » … Le fait d’écrire « fille » signifie qu’elle n’était pas mariée, ce que son état de santé peut expliquer …

Ces quelques témoignages montrent que dans une grande majorité, nos ancêtres mouraient de simples infections ou de vieillesse. Quelques fois cependant, les conditions de leur décès étaient telles que le curé se sentait obligé de les préciser. Ces détails morbides donnent toutefois une vision assez crue des conditions de vie de nos anciens et brise à jamais cette imagerie romantique que nous avons apprise il y a quelques années à l’école !

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