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mardi 23 décembre 2014

Un bilan 2014


La fin du mois de décembre 2014 sonne l’heure des bilans et je ne dérogerai donc pas à cette tradition. Il faut dire que, une fois de plus, durant cette année, j’ai effectué beaucoup de recherches à des endroits que je n’imaginais pas en début d’année et que, en conséquence, une partie des objectifs que je m’étais fixés en janvier n’ont pas été atteints.



Petit retour en arrière sur ce que j’aurais dû faire …


1/ Effectuer le relevé des registres paroissiaux de la paroisse de Béthisy Saint-Pierre

Même si je n’ai pas terminé de relever les actes sur la période que j’avais visée, j’ai quand même bien avancé sur ce point. Pour mémoire, j’avais décidé de relever tous les actes de baptême, mariage et sépulture de 1617 à 1782, mais c’était sans compter avec la découverte d’un registre allant de 1587 à 1616.

De ce fait, mes recherches m’ont conduit à ce jour à relever ces actes :

  • de 1587 à 1597 et de 1617 à 1747 pour les baptêmes
  • de 1617 à 1747 pour les mariages
  • de 1617 à 1747 pour les sépultures


Il me reste encore pas mal de travail d’autant que les actes de 1587 à 1616 ont une écriture parfois difficile à déchiffrer, surtout pour les patronymes. Le problème étant qu’il semble qu’à cette période un grand nombre de personnes sont arrivées dans la paroisse de Béthisy Saint Pierre, ce qui fait des patronymes à déchiffrer lettre par lettre.

Cependant, cette analyse m’a permis de découvrir un grand nombre de mes ancêtres et surtout d’identifier beaucoup de collatéraux à ces derniers. Je me suis même amusé à reconstruire les généalogies descendantes de quelques familles, ce qui constitue les prémisses à l’étude que je souhaite faire sur cette paroisse.


2/ Participer au challenge AZ de Sophie cru 2014

Mission accomplie.

Cette année, j’avais opté pour un ensemble d’articles dont le thème était les premières lettres des prénoms de certains de mes ancêtres.

Je me suis pris à écrire des petites biographies de ces personnes, soit en simulant des mémoires, soit en simulant des échanges épistolaires, soit en usant de différents artifices pour rendre ces histoires plus vivantes que la simple juxtaposition de patronymes, de dates et de lieux.

L’exercice m’a donné envie de continuer pour d’autres ancêtres, mais c’est un travail long et je manque de temps. Alors, je le repousse à plus tard …


3/ Effectuer le relevé des enfants abandonnés sous l’Empire de l’Hospice des Pauvres de Beauvais

Cette tâche est sans cesse repoussée car je crois bien n’avoir fait aucun relevé cette année ! Ce n’est pas que je me suis désintéressé de ce sujet, mais non seulement mon activité professionnelle a été très chronophage cette année (ce qui explique d’ailleurs ma faible présence sur les réseaux sociaux en 2014), mais en plus la découverte d’informations concernant la branche paternelle de mon épouse m’a pris le peu de temps qui me restait !


4/ Les surprises

Je ne m’attendais pas cette année à pouvoir autant progresser sur la branche maternelle du père de mon épouse.

Il a suffit de quelques livrets de familles pour faire le lien entre les données dont je disposais et qui se limitaient au nom de famille des parents de la grand-mère paternelle de mon épouse, et les archives en ligne de l’Aude qui débutent vers 1865 (pour remonter vers le milieu du XVIIème siècle).

Les découvertes que j’ai faites sont vraiment intéressantes puisque j’ai pu (entre autres) confirmer une légende familiale qui disait que cette famille descendait d’un Bouzinac de la Bastide. Mais il me reste à prouver que du sang espagnol coule dans les veines de mon épouse, ce qui semble bien engagé au vu de certains indices.

Par ailleurs, j’ai découvert un ancêtre protestant dans ma belle-famille ce qui est assez amusant mais finalement pas si étonnant dans la mesure où le Languedoc est une province où la Religion Prétendue Réformée a essaimé.

La dernière découverte de cette année est l’exhumation de dizaines de lettres envoyées du front par l’arrière-grand-père maternel de mon épouse à sa femme entre 1914 et 1915, puisqu’il est mort des suites de ses blessures le 29 octobre 1915.

D’ailleurs, pour la petite histoire, mon épouse m’a confié qu’il y a quelques années, elle avait prêté certaines de ces lettres à un ami de France Inter et que voyant cela, ce dernier aurait souhaité les regrouper avec d’autres et les publier … Et c’est ce journaliste qui est à l’initiative de l’ouvrage « Paroles de Poilus » … Ainsi, c’est grâce à la correspondance de cet ancêtre pas si lointain qu’un tel ouvrage a vu le jour !


Une année 2014 riche en découvertes donc mais qui aurait être encore plus riche si j’en avais eu le temps … Mais le temps est une donnée que nous ne pouvons pas ralentir alors il nous faut accepter le fait que nous ne pouvons pas tout faire … D’autant qu’il reste l’année prochaine pour tout faire !



Alors, bonnes fêtes de fin d’année à toutes et tous et à très bientôt.  


mardi 16 septembre 2014

Chancres, plaies et autres merveilles


Lorsque j’étais enfant, j’avais une image assez romantique de l’Ancien Régime, imaginant les Rois et les Reines de France en costume fait de matières précieuses et rares, le tout orné de pierres précieuses. Et puis, surtout, ces personnages étaient beaux. Beaux selon nos critères d’aujourd’hui, c’est-à-dire la taille bien faite, le corps svelte et le sourire éclatant.

De même, l’imagerie de mon enfance, présentait une population rurale partagée en deux catégories :

  • celle des travailleurs, bien faits, musclés et le regard intelligent pour les hommes et fines, belles et le visage souriant pour les femmes
  • celle des mendiants scrofuleux,  laids et contrefaits à l’instar du bossu de Notre-Dame.

Visite à l'hôpital - Début du XVIIème


Et puis, les années passant, on réalise que tout n’était pas aussi idyllique et qu’en réalité la plupart de nos Rois et Reines sont morts dans circonstances épouvantables (qu’on pense à Louis XV dont la puanteur du corps au moment de son trépas faisait s’évanouir ses courtisans), qu’ils vivaient de manière effroyable (crâne rasé pour éviter les poux, yeux et peau du visage brûlés à force de les couvrir de vinaigre ou de teinture au plomb). Finalement, beaucoup de nos ancêtres ayant vécu au XVIIème siècle étaient beaucoup plus proches du Jacquouille des Visiteurs que des peintures officielles …

Mais quid des gens du peuple ?

En fait, peu de curés abordent le sujet et il faudrait sans doute se plonger dans les ouvrages médicaux de l’époque pour avoir une idée des pathologies en vogue chez nos ancêtres.
Pourtant, il existe quelques sources grâce à des curés qui, soit par curiosité morbide, soit par goût de l’observation de leurs semblables, se sont plus à décrire la façon dont la maladie avait eu raison de leurs ouailles.

Ainsi, au début du XVIIème siècle, le vénérable et discret messire Delamarre, curé de la paroisse de Béthisy-Saint-Pierre, dans l’actuelle Oise, donne des détails intéressants sur les causes de la mort de ses congénères, sans doute pour justifier également le fait qu’ils n’ont pu observer les rites nécessaires à la survie de leur âme …

Pierre Le Quoy, alors soldat dans l’armée Royale, décède le 23 avril 1617 « ayant perdu la parole, suite à sa maladie » … Conséquences d’un AVC ? Tumeur ? Difficile de savoir avec si peu d’informations.

Marguerite Genys, femme de Valentin Desain est décédée « de mort subite » le 19 mai 1617 « ayant le jour même été au marché ». Pourquoi préciser de fait ? Avait-elle fait un effort particulier ayant conduit à sa mort ?

Jean Pya est décédé le 24 novembre 1617 à seulement 30 ans « d’hydropisie ». En d’autres termes, ce jeune homme était malade du cœur et en est mort …

Jean Baillon est mort le 12 février 1618 à l’âge de 22 ans. Ce qui est étonnant c’est qu’il est « tombé malade, a perdu tout jugement et est mort fou » ! Sans doute une maladie ayant affecté le cerveau ?

Gabriel Gruier est décédé le 22 août 1620 des suites d’une « maladie caduque » ! Il semble qu’il s’agisse en nos termes actuels d’épilepsie. Il est sans doute mort étouffé après avoir avalé sa langue.

Nicolas Choron, dit la Jeunesse, boucher de Béthisy est mort le 26 décembre 1620 à l’âge de 46 ans « des suites d’une maladie qui le tenait à l’estomac depuis 15 ans. Il avait reçu les sacrements de l’église il y a plus de 3 mois, avait cessé son métier de boucher et était au lit depuis ». Une mort lente et sans doute douloureuse …

Jeanne Fagnet, veuve d’Hector Collas  est décédée à 70 ans le 21 janvier 1622 « d’une maladie qu’on nomme vulgairement apoplexie ». Une vie longue et une fin rapide …

Nicolas Boileau est mort à l’âge de 48 ans le 16 décembre 1622 « d’un mal qui lui est venu près du nez et qu’on nomme vulgairement chancre » … Encore un qui aurait subi de nos jours une petite opération et qui aurait continué à vivre …

Nicole Caron, la femme de Jean Desengins est morte le 27 mars 1623 « après avoir été malade pendant 11 ans » … Difficile de connaître les causes exactes de son décès, mais cela a dû être douloureux.

Jean Lesueur, le gendre de feu Noël Huiart, est décédé le 25 novembre 1624 « d’apoplexie après n’avoir été malade que 6 heures et demie ». Le curé précise que ledit Jean Lesueur est mort en aidant son voisin à porter du bois … Une crise cardiaque liée à un trop grand effort ?

Jeanne Duclos, veuve de Pierre Collar, est morte le 31 mars 1625, « ayant été malade presque un an de deux plaies, dont l’une près de la cheville du pied droit, par faute du chirurgien qui a coupé à la cheville suite à une opération et qui a causé ladite plaie ». S’agit-il des suites mal gérées d’une opération ?

Emond Sance, décédé le 13 septembre 1627 à l’âge de 46 ans, « de la maladie contagieuse, sa chambrière et deux de ses filles étant mortes auparavant ». On a tendance à oublier que les épidémies faisaient des ravages dans le Royaume à cette époque, un peu comme actuellement au Libéria avec Ebola …

Perette Choron, est décédée le 24 juillet 1654 à l’âge de 45 ans. Le curé écrit pudiquement que « c’était une fille fort incommodée de santé durant le cours de sa vie » … Le fait d’écrire « fille » signifie qu’elle n’était pas mariée, ce que son état de santé peut expliquer …

Ces quelques témoignages montrent que dans une grande majorité, nos ancêtres mouraient de simples infections ou de vieillesse. Quelques fois cependant, les conditions de leur décès étaient telles que le curé se sentait obligé de les préciser. Ces détails morbides donnent toutefois une vision assez crue des conditions de vie de nos anciens et brise à jamais cette imagerie romantique que nous avons apprise il y a quelques années à l’école !

Si cet article vous a plu ou vous a été utile, n’hésitez pas à le partager et à le commenter !



mardi 15 juillet 2014

De l’intérêt des relevés des registres paroissiaux


Lorsqu’en janvier dernier je me suis lancé dans le relevé des registres de baptêmes, mariages et sépultures de Béthisy-Saint-Pierre dans l’Oise, je savais vaguement où j’allais, m’étant fixé le cadre temporel de ces recherches, mais j’ignorais en revanche où cela allait me mener précisément.

Tout d’abord, alors que je pensais m’arrêter, contraint et forcé par les sources disponibles, en 1617, j’ai découvert que parmi les ressources en ligne sur Geneanet, il y avait les registres complets de 1587 à 1616 … Cela me permettait donc de faire un nouveau bon dans le passé et, accessoirement, de trouver les plus anciens actes de baptême de ma généalogie, comme celui de Bernard Carrier, né le 10 juin 1604 et fils de Jérôme Carrier, procureur du Roi et Garde des Sceaux de Béthisy, et de Jeanne Bergeron.

Procession de la Ligue en 1590 - Une vision des costumes de l'époque ...


Ensuite, j’ai découvert plusieurs annotations des curés qui se sont succédés et qui décrivaient ci et là la vie de tous les jours dans leur paroisse. Il y a eu évidemment les grandes campagnes d’abjuration, mais il y a eu les visites de l’Evêque qui ont permis aux adolescents de la paroisse de recevoir leur confirmation.

Mais j’ai surtout pu identifier plusieurs de mes ancêtres et leur descendance en constatant d’ailleurs que quelques générations plus tard, il y a eu un nombre assez important de mariages entre cousins ! Mais la distance entre ces cousins était alors telle qu’il n’était pas nécessaire de demander une quelconque dispense.

Et puis, comme mon but était de relier entre eux les différents paroissiens, de mesurer les relations qui existaient entre eux, je dispose maintenant d’une base assez conséquente puisque sur la période qui va de 1617 à 1747, j’ai relevé à ce jour 3 457 baptêmes, 858 mariages et 2 328 sépultures.

Un cas pratique est celui de la famille Populaire. J’ai en effet dans ma généalogie une Marie Populaire qui a épousé Pierre Choron à la fin du XVIème siècle et qui a eu pour enfant Jean Choron, le sosa 9436/10144 de mes enfants, né le 13 février 1601.
Je sais que Marie Populaire est décédée le 24 mars 1649 à l’âge de 72 ans (ou environ), ce qui la fait naître vers 1577. Son mari Pierre Choron étant décédé le 1er mai 1647 à l’âge de 85 ans, il a dû naître vers 1562.
Marie Populaire était âgée de 24 ans ou environ à la naissance de son fils, elle a donc dû se marier vers 1600.  

Ce patronyme étant assez peu courant dans la région, j’ai voulu en savoir plus. Cela m’a permis de mesurer l’intérêt de ma « base de données »… En effet, un simple clic et je trouve que quatre filles portant ce nom sont nées au début des années 1600 (sachant que pour le moment, je n’ai dépouillé que l’année 1587 et que j’ai survolé le reste de la période 1588-1616), à savoir :

  • Michelle Populaire, née le 30 juillet 1614
  • Laurence Populaire, née le 3 octobre 1617
  • Catherine Populaire, née le 21 juillet 1621
  • Marguerite Populaire, née le 10 avril 1624


Tous ces enfants, sont les filles de René Populaire et d’Hélène Dubois.

Concernant les parents de ces enfants, je trouve que René Populaire est décédé le 9 septembre 1625 à l’âge de 52 ans, ce qui le fait naître vers 1573, tandis que son épouse Hélène Dubois est décédée le 29 mai 1645 à 54 ans, ce qui signifie qu’elle était donc née vers 1591. Après le décès de son mari, elle s’est remariée avec Nicolas Colas le 5 août 1632.

Par ailleurs, dans les registres de 1587 à 1616, on trouve des enfants nés d’un mariage entre un René Populaire et une Perette Colas. Mais les naissances sont antérieures à 1614, ce qui peut laisser penser que René Populaire s’est marié une première fois avec cette Perette Colas, a eu des enfants avec elle et qu’il s’est marié ensuite avec Hélène Dubois, après le décès de sa première épouse, ce qui peut expliquer l’écart d’âge entre le mari et la femme (18 ans environ).

Toujours est-il que, autant le patronyme Dubois est relativement fréquent à Béthisy-Saint-Pïerre au début du XVIIème siècle, autant celui de Populaire est rare. Il semble donc que ce soit René Populaire qui soit à l’origine des porteurs de ce nom dans cette paroisse !

Mais revenons aux quatre filles.

Michelle n’a pas de postérité sur la paroisse et on perd sa trace assez vite.

Laurence épouse Crespin Baudequin le 21 juin 1636 et a 8 enfants avec lui entre 1639 et 1653. A noter que deux de ses enfants ont pour marraine respectivement Catherine Populaire et Marguerite Populaire. Au vu de la rareté du patronyme, on imagine que ce sont les sœurs de Laurence
Laurence s’éteindra le 12 avril 1653 à l’âge de 40 ans selon le curé, mais en réalité à l’âge de 36 ans …

Catherine épouse Denis Colas le 19 février 1645 et a 9 enfants avec lui entre 1645 et 1661. Sachant que les registres sont lacunaires entre 1662 et 1668, il est possible qu’un autre enfant ait vu le jour … Là encore, on trouve que Marguerite Populaire a été marraine deux fois.
Catherine mourra le 15 mai 1684, étant veuve de Denis Colas, à l’âge officiel de 63 ans, pour en réalité un âge de … 63 ans !

Marguerite enfin, la trois-fois-marraine, épouse Noël Didelet le 11 février 1646 et de cette union naîtront 6 enfants entre 1646 et 1661, avec peut-être d’autres entre 1662 et 1668 … Catherine Populaire est la marraine d’un de ses enfants.
Marguerite décèdera le 29 avril 1696 étant veuve de Noël Didelet en premières noces et femme d’Henri Dupuis en secondes noces. L’acte de décès de Noël Didelet et celui du mariage d’avec Henri Dupuis étant introuvables, on peut imaginer que ces deux événements se sont produits entre 1662 et 1668. En tout cas selon son acte de sépulture Marguerite est censée avoir 73 ans à son décès alors qu’elle en avait en réalité 72. On est donc très proche de la réalité.

On se retrouve donc avec 23 enfants (dont un grand nombre décèderont en bas âge) à la troisième génération. Notre couple René Populaire et Hélène Dubois a donc eu au moins 23 petits-enfants, si on admet que quelques naissances supplémentaires ont pu avoir lieu pendant la période lacunaire de 1662 à 1668.

A ce stade de mes recherches, je n’ai pas poussé mon étude plus loin car je souhaite d’abord en savoir plus sur le couple René Populaire-Perette Colas qui a vécu dans les années 1590-1600.


Mais cette ébauche montre tout l’intérêt qu’il y a à effectuer un relevé systématique des actes de baptêmes, mariages et sépultures d’une paroisse. Cela permet ensuite de dresser une généalogie descendante pour chacun des personnages identifiés dans les temps les plus lointains et voir ensuite les jeux d’alliances entre familles.
Ce travail est rendu possible par le fait que l’ensemble des informations disponibles offre une vue globale et complète. Il est alors possible d’établir des liens et des corrélations entre des faits et des personnes qui ne seraient pas possibles en étudiant les actes de manière éparse.


Alors, êtes-vous prêt(e) à faire un relevé de paroisse ?



Pour aller plus loin :



           

mardi 10 juin 2014

Illettrisme et Ancien Régime


Parmi les clichés les plus tenaces sur nos ancêtres vivant sous l’Ancien Régime on trouve celui de l’illettrisme généralisé. En effet, on considère souvent à tort, qu’à part une élite parisienne, l’ensemble du royaume était composé de quelques seigneurs et de quelques curés sachant écrire mais surtout d’une masse incroyable de paysans incultes.

Or sous l’Ancien Régime, être noble ne signifie pas forcément savoir écrire, surtout si on est un petit nobliau perdu au fond d’une Province reculée. Et on oublie trop souvent cette multitude de métiers intermédiaires (marchands, sergents, clercs, etc..) qui composait le tiers-état. Toutes les charges qui étaient soit achetées soit transmises nécessitaient parfois de savoir écrire et les activités nécessitant un minimum de gestion (marchand, laboureur, artisan, etc.) également.

Signatures lors du mariage Lévêque-Loyand en 1723 - Collection personnelle


Enfin, il existait nombre clercs dans les paroisses qui pouvaient apprendre aux enfants, même issus des familles les plus simples, les rudiments de l’écriture.

Lors de mon étude sur la paroisse de Béthisy Saint Pierre, j’ai relevé les actes de mariage de 1638 à 1747, mais je n’ai commencé à relever le fait que les mariés savaient ou non signer que sur la période allant de 1669 à 1725.
Cette période qui dure quand même 56 ans a vu 332 mariages.

Inégalité des sexes devant l’écriture

Le premier constat est qu’il existe une inégalité flagrante entre les hommes et les femmes. En effet, même si le Valois est une province particulière car elle a vu naître une dynastie royale et la Réforme (Calvin était originaire de Noyon), il n’en demeure pas moins que tout le monde ne savait pas écrire.

En effet, sur la période considérée, j’ai relevé :

  • 30 hommes et 35 femmes qui ne signaient pas du tout leur acte de mariage
  • 100 hommes et 255 femmes qui apposaient leur marque ordinaire
  • 202 hommes et 42 femmes qui signaient


Le fait que les personnes ne signent pas leurs actes ne signifie pas systématiquement qu’ils ne savaient pas écrire : peut-être s’agit-il d’une copie de l’acte non signée par les parties.
Concernant la marque, il peut s’agit soit d’une simple croix, soit d’un symbole plus sophistiqué. Mais dans le cas des femmes, il ne s’agissait que de croix.
Quant à la signature, elle est souvent bien faite et très lisible ce qui signifie que la personne savait écrire et non pas seulement signer.

On note donc que près de 5 fois plus d’hommes savent signer que de femmes mais aussi que les hommes signent dans la très large majorité des cas (61 % des cas) tandis les femmes à savoir signer sont minoritaires (13% des cas).

Si on croise les signataires (je parle de signature, pas de marque), cela donne, pour la période considérée :

  • 162 couples où l’homme signe mais pas son épouse
  • 2 couples où l’homme ne signe pas mais où son épouse signe
  • 40 couples où les deux signent
  • 129 couples où aucun ne signe


Cela montre donc une profonde inégalité entre les hommes et les femmes devant l’écriture. En effet, sur 56 années étudiées, on ne trouve que deux femmes sachant signer là où leur mari ne l’a pas fait, tandis que le cas contraire est 80 fois plus fréquent !

Un phénomène stable

Si on regarde comment ces données varient, on note, par périodes de 10 ans :

  • 1669-1678 : 39 hommes et 2 femmes sur 61 mariages
  • 1679-1688 : 38 hommes et 8 femmes sur 56 mariages
  • 1689-1698 : 22 hommes et 6 femmes sur 44 mariages
  • 1699-1708 : 43 hommes et 10 femmes sur 77 mariages
  • 1709-1718 : 29 hommes et 8 femmes sur 46 mariages
  • 1719-1725 : 31 hommes et 8 femmes sur 49 mariages


Ainsi, à part un léger sursaut au passage du siècle, il semble que la condition des femmes ne s’est pas vraiment améliorée sur ces 56 années d’étude …

Pas de corrélation entre métier et capacité à écrire

Enfin, dans 71 mariages, les métiers des hommes sont indiqués ce qui permet d’établir une autre statistique intéressante qui est le taux de signature en fonction de l’occupation de la personne.

Ainsi sur les 20 hommes apposant leur marque, il y a :

  • 10 manouvriers
  • 3 marchands
  • 1 artisan
  • 1 tailleur
  • 1 filassier
  • 1 domestique
  • 1 bocquillon
  • 1 cordonnier
  • 1 laboureur


Et sur les 38 hommes qui signent, on trouve :

  • 9 manouvriers
  • 5 cordonniers
  • 3 clercs
  • 2 huissiers royaux
  • 2 maréchaux
  • 2 filassiers
  • 2 journaliers
  • 1 marchand
  • 1 procureur
  • 1 meunier
  • 1 vigneron
  • 1 charron
  • 1 garde-chasse
  • 1 garde des plaisirs
  • 1 laboureur
  • 1 vannier
  • 1 couvreur en chaume
  • 1 chirurgien
  • 1 mailleur de chanvre
  • 1 serrurier


Ce résultat est intéressant car si on met de côté les métiers ou les charges qui nécessitaient de savoir écrire (huissier, procureur, clerc, chirurgien) on trouve un nombre important d’artisans voire de personnes a priori peu lettrées (journalier, manouvrier, vannier, filassier), ce qui montre que la capacité d’écrire n’était pas nécessairement liée au milieu social.


Cette étude locale montre que sur la période considérée, les femmes étaient bien moins éduquées que les hommes puisqu’elles sont 5 fois moins à savoir signer qu’eux. Cependant, si on considère le problème dans l’autre sens, il y a quand même 13% des femmes sachant signer le jour de leur mariage, ce qui n’est pas nul.
Par ailleurs, le métier n’est pas un critère déterminant la capacité ou non à écrire ce qui montre, pour le cas précis de Béthisy Saint Pierre, que la volonté d’éduquer les enfants était réelle, ce quelque soit leur milieu d’origine.


Et vous, avez-vous pu faire une telle étude sur vos paroisses ?



Pour aller plus loin :

           

mardi 20 mai 2014

La généalogie entre méthodes et histoires


Mon blog a ceci de spécifique qu’il contient en gros deux sortes de billets : les billets décrivant des méthodes ou des trucs pour avancer dans sa généalogie et des billets plus personnels retraçant la vie d’un de mes ancêtres.

Très curieusement, je constate après près de 2 ans de présence sur la toile, que les billets ayant le plus de visiteurs (et de lecteurs) sont ceux qui traitent de méthodes ou de techniques. Bien entendu, cela ne signifie pas que les billets plus biographiques ne sont pas lus, mais ils sont moins lus.

Je pense que cela est lié à deux raisons : tout d’abord, une question d’intérêt et ensuite une question de présentation.


L’intérêt des billets « techniques »

Les billets techniques ont quelque chose d’universel, par opposition aux billets « biographiques » qui sont, par nature, plus personnel. En effet, tout lecteur qui se respecte peut trouver très intéressante la vie d’un de mes ancêtres maître d’école sous Louis XV, mais va avoir du mal à s’identifier ou en tout cas à faire le lien avec ses propres ancêtres.

En revanche, un billet technique décrivant ma façon de rechercher des informations sur un ancêtre par ses parrain et marraine va interpeler davantage de monde car tout le monde peut potentiellement être confronté un jour à ce problème.

Je considère donc mes billets biographiques plus comme des billets « pour moi » et mes proches, tandis que mes billets techniques sont pour tout le monde.

La présentation des billets

J’ai décidé, au départ de ce blog, de ne pas me contenter d’asséner à mes lecteurs des théories fumeuses sur la façon de retrouver un ancêtre. Tout d’abord parce que je n’en n’ai pas la légitimité et ensuite parce que cela serait ennuyeux à mourir.

Non, j’ai décidé d’agrémenter ces théories de cas pratiques qui ont pour intérêt également de montrer que la méthode fonctionne ! Ainsi, mes billets techniques contiennent-ils deux types d’éléments : des éléments purement méthodologiques et des éléments historiques ou biographiques.

A l’inverse, les billets biographiques ne contiennent pas de technique. En d’autres termes, lorsque je décris la vie d’un de mes ancêtres, je ne vais pas nécessairement raconter comment j’ai trouvé les informations que je mets en scène, mais je vais directement au résultat.

De fait, les billets techniques ont un intérêt général plus fort puisque, par défaut, les billets biographiques ne donnent rien qu’une histoire.

Voilà donc selon moi pourquoi il existe une inégalité entre ces deux familles de billets.

Et après ?

Mais, que le lecteur se rassure, l’objectif de mon blog n’est pas de gagner de l’argent et donc d’optimiser les billets pour qu’ils correspondent à un maximum de lecteurs. Non, mon objectif est de partager les découvertes, mes coups de cœur et mes émotions.

Un jour peut-être, je prendrai mes billets techniques et je les regrouperai pour en faire un petit guide pratique et je prendrai mes billets biographiques pour en faire un recueil à usage familial pour laisser à mes proches une synthèse de mes découvertes … Mais ce temps n’est pas encore venu et je vais donc continuer comme cela, agrémentant de temps à autre, mon blog de billets très spécifiques liés à des événements très particuliers, comme le Challenge A à Z …

D’ailleurs, à ce sujet, sans dévoiler le thème que j’ai choisi cette année (qui le sera le 30 mai prochain), je veux juste donner deux informations : mes billets Challenge seront courts (entre 100 et 200 mots maximum je pense) et seront publiés en plus de mes billets hebdomadaires !


Et vous, avez-vous noté une différence au niveau de la fréquentation de votre blog selon les types de billets que vous publiez ?



Pour aller plus loin :   

           

mardi 15 avril 2014

Ce que les prénoms nous apprennent



J’aurais pu intituler ce billet « ce qu’on pense que les prénoms peuvent nous apprendre », tant il y a d’idées préconçues sur ces déterminants de nos ascendants.

Par exemple, une idée reçue est que, sous l’ancien régime,  les parrains et les marraines donnent leur prénom à leur filleul(e). Ou encore, nous pouvons penser que ce n’est que très récemment que nous utilisons une multitude de prénoms tandis qu’auparavant les parents avaient en gros le choix entre Marie et Anne pour les filles et Jean et Pierre pour les garçons.

Il se trouve que j’ai commencé il y a quelques mois le relevé systématique des registres paroissiaux de Béthisy Saint Pierre, un petit bourg de l’Oise situé à peu de choses près au centre d’un triangle formé par Compiègne au nord, Senlis au sud-ouest et Crépy en Valois au sud-est. C’est de cette paroisse que proviennent quelques membres de ma famille ancienne et certains y sont d’ailleurs présents depuis la fin du XVIème siècle.



En effectuant ces relevés, j’ai donc pu m’apercevoir qu’il y avait un écart assez important entre ce qu’on mesure et ce qu’on perçoit. Je m’explique. Si on pense que Marie est un prénom féminin très courant, on va alors avoir tendance à ne voir que ce prénom dans les actes et donc on va avoir l’impression que Marie est effectivement un prénom très couramment utilisé. Mais si on compte le nombre d’occurrences de ce prénom, on peut avoir quelques surprises …

Ma petite et modeste étude se base sur les 2 744 baptêmes que j’ai relevés jusqu’à présent et qui couvrent une période allant de 1638 à 1747, avec deux manques : les actes de 1662 à 1668 et ceux de 1692 à 1693 qui sont absents des registres en ligne.
Par ailleurs, seuls 2 735 baptêmes sont réellement exploitables car 9  ne précisent pas le prénom ni le sexe de l’enfant …

Méthodologie

J’ai découpé cette période d’étude par tranches de 10 ans : 1638 à 1647, 1648 à 1657, etc..  J’aurais tout aussi bien pu découper en fonction des règnes des rois ou trouver un autre moyen, mais peut-être que je suis victime de l’habitude des tables décennales.
En tout cas, cela me semble pratique car je vais du coup me retrouver avec un nombre entier de périodes, la dernière étant 1738 à 1747.

Pourquoi découper la période étudiée par tranches de 10 ans ? Pour voir si on a des évolutions au cours du temps car sur une telle durée, il est vraisemblable qu’il existe des variations au cours du temps et une approche globale serait donc trop grossière …

Ensuite, j’ai étudié deux choses :

  • La fréquence d’apparition des prénoms selon le sexe et selon les décennies définies ci-dessus
  • L’éventuelle corrélation pouvant exister entre les prénoms des parrains et marraines et ceux de leurs filleul(e)s


La fréquence des prénoms féminins

Honneur aux dames.
Sur 1 310 prénoms féminins relevés, le top 5 des prénoms les plus courants est :

  • Marie avec 169
  • Marguerite avec 127
  • Catherine avec 124
  • Jeanne avec 104
  • Marie Anne avec 98  


La première remarque est qu’effectivement, Marie est en tête assez nettement, mais ce prénom ne représente finalement que 12.9 % des prénoms donnés aux filles ...

Ensuite, si on ajoute à la liste des Marie, tous les prénoms composés à base de ce prénom, on trouve 552 prénoms ! Ainsi, Marie prédomine quand même dans les prénoms donnés aux filles sur la période considérée.

Enfin, on note un phénomène intéressant c’est que l’usage du prénom Marie est régulier jusque vers 1700 avec environ 30 occurrences par décennie, puis chute brutalement pour n’être donné qu’une dizaine de fois par période de 10 ans. Dans le même temps, il est remplacé par les prénoms composés (Marie Anne, Marie Jeanne, Marie Angélique, etc..). Il y a donc clairement eu un phénomène de mode qui apparaît au tournant du XVIIIème siècle.

J’avoue en revanche avoir été surpris cependant par la seconde place de Marguerite. Peut-être est-ce une lointaine influence des Valois (nous sommes en plein Valois à Béthisy Saint Pierre) et de la reine Marguerite de Valois, première épouse d’Henri IV ?


La fréquence des prénoms masculins

Passons aux garçons.

Le top 5 des prénoms masculins les plus donnés est :

  • Pierre avec 189
  • Jean avec 172
  • François avec 145
  • Nicolas avec 140
  • Denis avec 55


On note tout d’abord que Pierre et Jean prédominent, ce qui est conforme aux a priori qu’on peut avoir sur ces prénoms. D'autant que le saint patron de la paroisse est Pierre ... En revanche, ce qui est étonnant, c’est la présence de Nicolas dans le classement qui est presque au coude à coude avec François.

Autant je peux expliquer le François avec le phénomène Valois (et François Ier), autant l’usage de Nicolas me laisse assez perplexe …

En revanche, par rapport aux prénoms féminins, on trouve un phénomène similaire, quoique plus modeste, que les prénoms composés à partir de Jean. Tous ces prénoms composés ne représentent que 235 occurrences, mais on note une baisse sensible des Jean à partir de 1700, au profit des prénoms composés commençant par Jean. Ces prénoms composés étant complètement inexistants avant 1700.

Enfin, Denis, avec 55 porteurs est quasi ex aequo avec Louis et Claude. C’est amusant de voir qu’en pleine période monarchique dédiée aux Louis (Louis XIII, Louis XIV et Louis XV), ce prénom ait si peu de succès … Il y aurait une étude sociologique à mener à ce sujet …

Quid des compères et commères

La première surprise est que seulement 573 filles portent le même prénom que leur marraine sur 1 310 baptêmes réalisés. Donc, dans 43.7 % des cas, le prénom s’est transmis ce qui signifie que dans 56.3 % des cas la fille portait un prénom différent de celui de sa marraine.

On note par ailleurs une lente érosion de l’homonymie entre marraine et filleule avec le temps. En effet de 1638 à 1657, sur 278 filles baptisées 162 portent le même prénom que leur marraine, soit 58.3 %. En revanche, en fin de période, de 1728 à 1747, sur 243 filles baptisées, elles ne sont plus que 88 à être dans ce cas, soit 36.2%. Peut-être y a-t-il un phénomène commun avec celui de l’apparition des prénoms composés vers 1700 ?

Pour les garçons, ce sont 595 baptêmes qui verront les parrains donner leur prénom à leur filleul, sur 1 425 baptêmes. Ce sont donc 41.7% des baptêmes où il y a transmission du prénom et donc 58.3% des cas où les parents ont été plus créatifs.
On note doc une proportion assez similaire à ce qu’on a trouvé chez les filles. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène lié au sexe des enfants, mais plus général.

On remarque par ailleurs, le même phénomène d’érosion de la pratique du nommage parrain vers filleul que pour les filles. En effet, sur les 20 premières années de la période étudiée (1638-1657), j’ai relevé 166 garçons porteurs du même prénom que leur parrain pour 302 baptêmes, ce qui fait 54.9%. En revanche, sur la fin de la période (1728-1747), je n’ai relevé que 71 homonymes filleul/parrain pour 285 baptêmes, soit 24.9%.

Conclusion

Que ce soit par l’apparition d’une nouvelle façon de nommer ses enfants en composant les prénoms ou en se donnant plus de liberté quant à la tradition qui consistait (presque) majoritairement, dans les années 1650, à nommer les enfants comme leur parrain ou marraine, les pratiques de nommage des enfants ont fortement évolué en un siècle.

Ce phénomène est sans doute lié à une prise de recul de plus en plus marquée par rapport aux traditions. Les historiens parlent du règne de Louis XV comme d’un règne préparant les idées qui feront voler en éclat la monarchie en 1789. Peut-être cette étude en est-elle la preuve tangible ?

Dans tous les cas, cela montre qu’il ne faut se fier aux a priori sur les prénoms car la façon dont on nomme ses enfants, de nos jours comme il y a 350 ans peut évoluer fortement avec le temps et risque en tout cas d’être marquée selon l’histoire locale ou sa propre histoire familiale.


Et vous, avez-vous remarqué des phénomènes similaires dans vos recherches ?







Pour aller plus loin :





           

mardi 7 janvier 2014

Dépouiller les registres d’une paroisse


J’indiquais dans mon précédent article consacré à mes objectifs 2014 que j’allais réaliser le dépouillement des registres paroissiaux de Béthisy Saint Pierre dans l’Oise. La raison pour laquelle je me suis lancé de défi est simple : en effectuant des recherches sur mon ascendance dans cette paroisse j’ai réalisé qu’un grand nombre d’ancêtres y vivaient et que plutôt que de ne noter que les informations relevant de ma famille, j’aurais plus vite fait de tout relever ...

Erreur fatale !

Je venais sans le savoir de me lancer dans une aventure à la fois passionnante et chronophage.

Crédits : site du CG de l'Indre


Avant d’entrer dans le vif su sujet, je tiens à faire une remarque préliminaire. Je vais publier chaque semaine l’état d’avancement de mes recherches. Etant donné que les registres disponibles vont de 1617 à 1792 avec des lacunes pour les années 1662 à 1668 et 1692 à 1693, cela va me faire 167 années à dépouiller.
Si je travaille au rythme d’une année par jour, cela va m’occuper 6 mois !
Toujours à propos de chiffres, les 13 années pour lesquelles j’ai déjà relevé les Baptêmes, Mariages et Sépultures me donnent une moyenne de 32 baptêmes, 6 mariages et 30 sépultures par an. Cela me fera donc environ 5 300 baptêmes, 1 000 mariages et  5 000 sépultures à relever scrupuleusement (au moment où j’écris ces lignes, je réalise que jamais je n’aurais dû faire ce calcul !).

Quelle est la méthodologie que je suis ?

1/ Définir la période de temps

Les recherches que j’effectuais se déroulaient au débit du règne de Louis XV (vers 1727), je me disais donc au départ que j’allais me cantonner à ce règne (soit près de 50 années tout de même). Mais appliquant le principe de continuité de la royauté, je me suis dit que disposant des archives, je pourrais tout aussi bien pousser jusqu’à la fin de Louis XVI et remonter au commencement des registres, soit le tout début du règne de Louis XIII en 1617.

Après réflexion, je me dis qu’il faut relever tout ce qui est disponible, et faire le tri ensuite. Au moins, on n’est plus tenter de rajouter une année de recherche … C’est certes plus long, en relevant les actes sur 175 années, j’aurais environ 7 générations disponibles, de quoi ébaucher une histoire de cette paroisse et surtout de ses habitants.

2/ Pourquoi faire un relevé exhaustif

La question est finalement assez pertinente car dans le fond, on pourrait tout aussi bien chercher dans les travaux réalisés par d’autres généalogistes sur les branches qui les concernent. Seulement on pourrait oublier quelques personnes au passage ou louper des événements locaux de première importance car jugés non intéressants par les généalogistes concentrés sur leur famille.
Par exemple, en 1739, le curé donne le nom et l’âge de 76 enfants qui ont reçu le sacrement de confirmation donné par l’évêque nouvellement installé à Soissons. Information inestimable permettant de confirmer que ces personnes étaient toujours vivantes et demeurant à Béthisy Saint Pierre en cette année.

Et puis, on ne se refait pas, j’ai une formation d’ingénieur et disposer d’un grand nombre de données (pensez donc, plus de 11 000 actes, soit plus de 45 000 noms de personnes …) permet de faire des statistiques dans tous les sens : mortalité infantile, âge des mariages, taux de remariage, taux d’endogamie (mariage d’un homme et d’une femme du même lieu), taux de consanguinité, liens entre enfant et ses parrain et marraine, professions, etc.

Et puis, le plus important, sera l’évolution de la population avec les apports de l’extérieur, mais également les départs vers d’autres paroisses.

Bref, outre que cela va sacrément enrichir la généalogie de cette branche car cela va permettre de situer mes ancêtres dans leur milieu, cela va surtout permettre de montrer (ou non) qu’il y avait un grand nombre de cousins dans cette paroisse …

3/ Méthodologie

J’ai décidé de tout relever !

J’ai donc un fichier Excel à 4 onglets :
  • un onglet consacré aux baptêmes
  • un onglet consacré aux mariages
  • un onglet consacré aux sépultures
  • un onglet consacré aux événements particuliers

Pour les baptêmes, je relève :
  • la période du document (par exemple, les registres des années 1727 à 1747)
  • la vue du registre numérisé
  • la date de l’événement
  • le nom de l’enfant (NOM Prénom)
  • le sexe de l’enfant (M, F ou ?, ? étant pour les rares cas où l’enfant est né sans vie et son sexe n’est pas précisé ni suggéré)
  • la date de la naissance si elle est précisée
  • le nom du père (NOM Prénom)
  • la profession du père
  • le nom de la mère (NOM Prénom)
  • la profession de la mère
  • le nom du parrain (NOM Prénom suivi de sa filiation ou des informations le concernant)
  • le nom de la marraine (NOM Prénom suivi de sa filiation ou des informations le concernant)
  • des notes (enfant ondoyé, etc.)

Je parle de NOM, mais pour des raisons de clarté, j’ai utilisé l’orthographe tardive du nom, c’est-à-dire celle qui est fixée au XIXème siècle. En effet, si des patronymes come CHORON ou CARON sont inchangés depuis le XVIIème siècle, j’ai des EMERY qui deviennent des ESMERY ou des COLLAS qui évoluent en COLAS pour redevenir COLLAS ou CREILLY qui devient CRELLY, et ainsi de suite. Cela permet d’automatiser les recherches, les puristes pouvant se reporter à l’acte grâce à l’indexation fournie …

Pour les mariages, je relève :
  • la période du document (par exemple, les registres des années 1727 à 1747)
  • la vue du registre numérisé
  • la date de l’événement
  • le nom de l’époux (NOM Prénom)
  • l’âge de l’époux
  • la profession de l’époux
  • le nom de son ex-femme si celle-ci est décédée suivi du quantième de noces (par exemple LECLERC Marie est veuve de CHORON Martin son mari en 1ères noces)
  • le nom du père de l’époux (NOM Prénom suivi de toutes les informations données par le registre)
  • le nom de la mère de l’époux (NOM Prénom suivi de toutes les informations données par le registre)
  • la paroisse de l’époux
  • les mêmes données pour l’épouse
  • les noms des témoins (ceux figurant en clair sur le registre, et ceux relevés d’après les signatures)
  • des notes (degré de parenté, mariage dans une autre paroisse, etc..)

Pour les sépultures, je relève :
  • la période du document (par exemple, les registres des années 1727 à 1747)
  • la vue du registre numérisé
  • la date de l’événement
  • le nom du décédé (NOM Prénom)
  • le sexe du décédé (M ou F)
  • l’âge du décédé
  • la date du décès quand elle est indiquée
  • le nom de la personne dont le (la) décédé(e) était le veuf (la veuve) (NOM Prénom)
  • le nom de la personne dont le (la) décédé(e) était le mari (la femme) (NOM Prénom)
  • le nom des parents du décédé (NOM Prénom du père suivi des informations disponibles et NOM Prénom de la mère suivi des informations disponibles)
  • des notes (enterrement dans l’église, circonstances du décès, etc..)

Comme on peut le constater cela fait beaucoup d’informations à saisir, mais je crois que le jeu en vaut la chandelle car je disposerai alors d’une base très complète.

4/ La suite ?

Lorsque j’aurai terminé le travail de saisie, interviendra celui de l’analyse !
Je compte étudier les liens familiaux entre les habitants de cette paroisse et dresser une cartographie de cette population rurale au sein de laquelle on trouve un grand nombre de chanvriers et de manouvriers, mais également de marchands spécialisés (marchands chanvriers, filassiers, merciers, drapiers, fripiers, etc..).

Et puis, je compte bien partager ce travail avec les généalogistes amateurs ou pas, voire avec la commune actuelle de Béthisy Saint Pierre car après tout, j’ai tellement apprécié de trouver ce genre de document lors de mes recherches que j’estime que la moindre des choses est d’apporter à mon tout ma contribution !


Et vous, avez-vous fait de pareils relevés ?



Pour aller plus loin :


           

mardi 3 décembre 2013

Un bilan 2013 ...


Sophie de la Gazette des Ancêtres nous a mis au défi ce mois-ci de faire le bilan de cette année qui s’achèvera dans 4 semaines. Personnellement je pense que c’est une très bonne idée car le bilan est, pour moi, un moyen de mesurer le chemin parcouru et surtout de mettre des balises pour le chemin qui reste.

En ce qui me concerne, le bilan de cette année est assez curieux car, si je replonge dans mes archives et que je regarde ce que je m’étais fixé comme objectif pour cette année, je constate que pratiquement rien de ce que j’avais prévu ne s’est passé, mais que cela a été comblé par une foule de choses passionnantes.



1/ Commençons par quelques chiffres

En 2013 j’aurai publié 73 articles dont 26 pour le challenge AZ ! Ces articles ont reçu 12 333 visites et 193 commentaires. Je pourrais ensuite aller plus loin en considérant que je suis souvent bavard et que mes articles font généralement plus de 800 mots chacun. Cela signifie qu’en 2013 j’aurai écrit près de 60 000 mots sur ce sujet qui me passionne depuis des années …

Mais les chiffres sont une chose et les faits en sont d’autres …

2/ Objectifs 2013 …

Quand je me replonge dans mes archives, je constate que je m’étais fixé plusieurs objectifs pour l’année 2013 dont :

  • Continuer à animer le blog … Les quelques chiffres que j’ai donnés plus haut montrent que cet objectif a été tenu et que j’ai pu maintenir le rythme d’un article par semaine, même si parfois mon activité professionnelle était très prenante
  • Trouver des informations sur la branche maternelle du grand-père maternel de mes enfants qui se situe dans l’Aude … L’ouverture des AD en ligne il y a quelques mois m’a permis de retrouver très rapidement quelques informations, mais j’avoue être assez déçu par le matériel disponible … Il me semble que les AD de l’Aude ont fourni le service minimum.
  • Recenser les enfants abandonnés de l’Hospice des Pauvres de Beauvais … Je n’ai pas progressé d’un pouce sur ce sujet qui me tient pourtant à cœur … Il faut vraiment que je m’y colle dans les semaines à venir !
  • Etudier les recensements de population pour chaque ancêtre ayant vécu au XIXème pour mieux connaître leurs vies … A part pour quelques uns, ce travail n’a pas été fait, sans doute parce que très chronophage et que le temps m’a quand même pas mal manqué !


Quand on fait la synthèse, on constate donc que le bilan est plutôt … mitigé. Mais à côté, j’ai fait tellement d’autres choses que cela compense.

3/Réalité 2013 …

Dans le désordre …

J’ai passé beaucoup de temps sur le Challenge AZ de Sophie Boudarel ce qui n’était absolument pas prévu et qui m’a vraiment fait un grand plaisir.

Ensuite, j’ai découvert la branche de mon grand-père maternel grâce au déménagement de ma grand-mère et à la récupération de tout un tas de documents anciens. Ce n’était évidemment pas prévu et j’ai passé des dizaines d’heures sur ce sujet (qui est loin d’être clos). J’ai découvert d’autres AD et d’autres fonctions de mes ancêtres que j’ignorais jusque là (procureur fiscal, sergent, etc.).

Et puis l’approche du centenaire de la Première Guerre Mondiale m’a permis de me plonger dans cette époque et de faire ressortir des tiroirs des documents et des informations que je n’avais pas nécessairement pensé à publier car pour moi, ces années-là étaient trop « récentes » pour être intéressantes !

Enfin, j’ai été interviewé par Sophie dans le cadre de son « enquête » sur les généablogueurs ce qui m’a permis de prendre conscience de manière très concrète qu’il existait une vraie communauté de passionnés.

4/ Alors ? Quel bilan ?

Si je devais résumer cette année en deux faits, je dirais qu’il est souvent vain de faire des plans sur la comète en généalogie car on a vite fait de se retrouver transporté à l’autre bout de la France dans un siècle auquel on ne s’attendait pas, tout ça parce qu’une rencontre, une question ou un acte nous font quitter notre « plan de route » prévu.

Ensuite, et c’est ce dont je suis certainement le plus fier, j’ai pu redonner vie à quelques uns de mes ancêtres et à inscrire sur cette toile qui gardera sans doute leur trace quelques décennies, leur destinée, leurs bonheurs et malheurs. C’est pour moi la meilleure façon de les remercier car sans eux je ne serai pas là aujourd’hui …


Et vous, quel bilan tirez-vous de cette année 2013 ?



Pour aller plus loin :