Comme tout généalogiste amateur qui se respecte, j’essaie en
permanence de trouver des techniques qui me permettent d’optimiser mes
recherches. En effet, la recherche d’ancêtres est suffisamment longue pour que
tout ce qui peut être mis en œuvre pour gagner du temps soit le bienvenu.
Après avoir exploré différentes régions de France et avoir
retrouvé un grand nombre de mes ancêtres, j’ai constaté que, à part certains
cas, la plupart d’entre eux étaient issus de couples natifs de la même paroisse
ou de paroisses voisines.
Ceci s’explique principalement par le fait qu’ils étaient
dans leur grande majorité des agriculteurs ou des artisans et que par
conséquent ils perpétuaient la lignée en restant dans la paroisse qui les avait
vus naître. Cela a d’ailleurs permis à certains d’entre eux d’occuper des
charges ou des fonctions au sein de la paroisse, comme procureur du Roi,
marguillier, huissier, etc.. Tout cela n’aurait sans doute pas été possible s’ils
avaient été des nouveaux venus.
Pourquoi la méthode des aires ?
Partant de ce constat, je me suis dit que pour rechercher un
ancêtre sans connaître a priori sa paroisse d’origine, il fallait circonscrire
au maximum les recherches à quelques paroisses, quitte ensuite à élargir le
cercle des recherches en cas d’échec. C’est ce que j’avais baptisé à l’époque
la méthode de l’escargot.
Pour l’avoir utilisé un grand nombre de fois, je me suis
rendu compte qu’elle était efficace mais parfois un peu longue, surtout en cas
de recherche dans une zone où la densité de paroisses est importante.
L’idée m’est donc venue de limiter le nombre de paroisses cibles
et de n’appliquer la méthode de l’escargot que sur un certain nombre d’entre
elles. C’est ainsi que la méthode des aires est née.
Un principe simple
Le principe est simple : réduire au maximum le nombre
de paroisses sur lesquelles effectuer les recherches. Pour cela il faut définir
des critères d’éligibilité permettant de ne garder que certaines paroisses.
Or nous avons tous remarqué au cours de nos recherches que
dans les actes de baptêmes, de mariage ou de sépulture (mais c’est également
vrai pour les actes de naissances, mariages et décès post-révolutionnaires)
certaines personnes présentes ont deux caractéristiques intéressantes :
elles ont un patronyme identique à celui de la personne ou des personnes concernées
par l’acte (par exemple un parrain, une marraine, un témoin, etc.) et elles
sont signalées comme vivant dans une autre paroisse ou commune que celle du
registre où se situe l’acte.
Cette caractéristique sert généralement à orienter les
recherches vers ce lieu en cas de blocage.
Si on identifie toutes ces paroisses ou communes où vivent
des proches des personnes concernées par nos recherches, on peut alors les
disposer sur une carte et les relier de sorte à former un polygone irrégulier.
L’aire ainsi constituée peut alors être considérée comme la
surface qui fixe les limites de la recherche et dans laquelle on peut appliquer
la méthode de l’escargot de façon beaucoup plus optimale.
Aire définie par les communes citées dans les registres - Source Google maps |
Pour améliorer la méthode
Si on veut perfectionner le système, il est ensuite possible
de procéder à un sondage dans chaque commune ou paroisse constituant un sommet
de ce polygone sur une période significative, disons 5 à 10 ans avant la date
figurant sur l’acte où est mentionnée la personne et 5 à 10 ans après.
Il faut ensuite relever le nombre de porteurs du patronyme
considéré. S’il n’y en a aucun, cela signifie que la personne citée n’est pas
originaire de la paroisse, et donc qu’on a peu de chance de lui trouver des
ancêtres ici. A l’inverse, si la densité de personnes portant le même nom est
élevé, on risque d’avoir trouvé un foyer d’où est sans doute issue la personne.
Ensuite, on peut modifier le polygone obtenu initialement en
ne gardant que les sommets correspondant à des paroisses ou communes à forte
densité de porteurs du nom.
Si toutefois les recherches dans les paroisses ou communes
présentes dans cette aire ne donnent rien, il est alors possible de l’agrandir,
mais cette fois-ci artificiellement, en traçant l’aire de second rang, c’est-à-dire
une aire dont les sommets de la frontière sont les paroisses ou communes
situées juste au-delà des premiers sommets.
Extension aux communes environnantes - source Google maps |
Cela revient à partir d’un cercle et de définir des cercles
concentriques de rayons de plus en plus grands, mais au lieu d’avoir des
cercles on utilise des polygones qui ont le mérite de définir une aire où la
probabilité de trouver l’ancêtre recherché est plus grande, ce qui a pour
conséquence immédiate de passer moins de temps à le chercher.
La méthode des aires est donc un moyen efficace pour
retrouver un ancêtre mais ne fonctionne qu’à une condition : que l’ancêtre
recherché ne soit pas originaire d’une paroisse trop éloignée de la paroisse où
il s’est ensuite établi. Cette méthode permet également de visualiser ce que je
nommerais la zone d’influence de la famille et de ses alliés, c’est-à-dire la
zone au sein de laquelle ils ont vécu et évolué.
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Méthode fort bien conceptualisée (à mon sens révélant la formation de son auteur !!)
RépondreSupprimerIl y a des éléments à retenir effectivement en cas de blocage (comme pour les employés des fermes du Roy).
Nésida
Effectivement on ne se refait pas ;-)
SupprimerSi les maths peuvent avoir une utilisation pratique dans la généalogie, autant ne pas s'en priver !
Bravo Olivier. Tu arrives a me faire aimer la geometrie, c est un exploit (;
RépondreSupprimerTout vient à point ;-)
SupprimerEn tout cas, pour avoir testé cette méthode, je la trouve assez efficace, même si elle ne résout pas tous les problèmes ...
Très ingénieux ! Il me semble que ces aires correspondent à l'unité territoriale que l'historien Fernand Braudel appelait un "pays", c'est-à-dire un ensemble de villages où on pouvait aller en une journée et en revenir. J'ai rencontré moi-même ce type de zone dans différents départements.
RépondreSupprimerC'est tout à fait ça.
SupprimerCela donne également un aperçu de l'influence d'une famille qui, si générations après générations est présente sur un ensemble de paroisses peut en occuper les fonctions principales.
Cela permet également d'expliquer (en partie) les alliances entre familles qui peuvent ainsi renforcer leur influence locale.
Votre méthode est très pragmatique et elle offre une façon ingénieuse d'orienter ses recherches.
RépondreSupprimerVue sous un angle analytique, elle permet aussi de repérer des évolutions de zones d'influence en traçant des aires liées, par exemple, aux lieux d'origine des épouses des membres d'une branche où les hommes n'ont pas bougé.
Merci.
RépondreSupprimerEffectivement une petite dose de maths ajoutée à beaucoup d'intuitions et de recherches permet de faire des découvertes intéressantes ...