mercredi 14 août 2013

Chaque détail compte ...


J’aime la rigueur et la précision.

Aussi, lorsque j’ajoute un personnage à mon arbre généalogique, je m’assure au préalable que je dispose de tous les renseignements qui me confirment, sans ambiguïté, qu’il est à sa place. J’ai en effet trop souvent vu dans les sites de partage de généalogies des informations manifestement non contrôlées qui mènent à des aberrations. Ainsi, tel couple se mariant en 1658 a un enfant qui se marie lui en 1662 : et cela ne choque personne !

Bref, pour revenir à mon propos initial, je considère la généalogie comme une enquête (passionnante) où chaque fait doit être prouvé. Pour cela, il faut regarder les moindres détails des éléments qu’on a à sa disposition. C’est ce que je vais illustrer avec mon dernier « fait d’arme », le raccrochage de Pierre de Chalus, le sosa 3050 de mes enfants à René de Chalus et Perrine le Bourdais ses parents.



Au départ je ne disposais pas de grand-chose. En effet, la première mention que j’ai eue de Pierre de Chalus est au mariage de sa fille Jeanne avec Jean Tirouflet le 6 juillet 1730 à la Baconnière dans la Mayenne. Pour la partie qui m’intéresse, j’avais alors :

"Epousèrent solennellement en cette église, Jean Tirouflet, âgé de trente ans ou environ, fils de Simon Tirouflet, sieur de la Roderie et de défunte Perrine Gueriteau, assisté dudit Tirouflet son père et de Simon Tirouflet son frère et Damoiselle Jeanne de Chalus, âgée de vingt et six ou sept ans, fille de défunt Messire Pierre de Chalus, en son vivant sieur de la Motte et de défunte Jeanne Manceau, assistée de Pierre Secoué son beau-frère et de Jean Pierre de Romilly son cousin germain et ce après trois publications de bans ordinaires sans opposition ni empêchement, fait par nous vicaire soussigné, ce sixième juillet mil sept cent trente en présence de Laurent Houdayer, Pierre Ricoux, François Huslin et Jean Renoul, témoins de ce requis et soussignés."

Ainsi,  mon Pierre de Chalus était décédé en 1730, était titré Sieur de la Motte et était marié à Jeanne Manceau. Par ailleurs sa fille Jeanne était née vers 1703 ou 1704, probablement à la Baconnière.

En remontant aux actes de cette période, j’ai alors trouvé l’acte de baptême de Jeanne le 7 septembre 1703 :

"Jeanne, fille du mariage de Pierre de Chalus, écuyer, sieur de la Motte et de damoiselle Jeanne Manceau son épouse, est née en ce bourg le sept septembre mil sept cent trois.
Fut parrain François de Chalus, écuyer, sieur de Panloup, et marraine Perrine Manceau, et a en présence du père, tous lesquels ont signé fors la marraine qui a dit ne savoir signer, rayé trois mots nuls."

Chose intéressante, Pierre de Chalus était écuyer, c’est-à-dire noble. Cela m’ouvrait donc un champ intéressant car souvent, les familles nobles tenaient des archives familiales plus riches que les simples registres d’état-civil ou paroissiaux.

En me promenant sur la toile, je trouvais ainsi que Pierre de Chalus était le fils de René de Chalus, sieur de la Poupardière et de Perrine le Bourdais. Mais, comme je le disais en introduction, ma rigueur m’interdisait de prendre cette information pour argent comptant. Je voulais vérifier cette information par moi-même.

Me voilà donc parti pour trouver l’acte de mariage de Pierre de Chalus et de Jeanne Manceau car, me disais-je naïvement, une telle union devait nécessairement attirer le gotha local et donc fournir moult informations. Aussi quelle ne fut pas ma déception lorsque je découvris l’acte de mariage en date du 19 juillet 1694 :

"Epousèrent en cette église chacun de Pierre de Chalus, écuyer, Seigneur de la Motte et Damoiselle Jeanne Monceau, fille de Jean Monceau, Jeanne Perrier Sieur et Dame de la Hamelinais.
Les époux assistés des susdits père et mère et de Jean et Michel les Monceau ses frères et encore en présence de Messire Pierre Le Bourdais […] notaire et de […] sieur de la Fo[…], lesquels père et mère et les époux et les Michel Monceau ont dit ne signer ce enquis par nous vicaire soussigné ce dix neuvième juillet mix six cent quatre vingt quatorze."

Pourquoi diable, le curé de la Baconnière  n’a-t-il pas pris la peine de donner l’ascendance de Pierre de Chalus ? Me voilà donc coincé car je n’ai à cet instant aucune preuve de la filiation de Pierre de Chalus.

C’est ici que commence mon enquête qui ma pris près d’une année (avec des hauts et des bas …).

Pour commencer, je suis tombé sur un ouvrage publié en 1896 et écrit par le Comte de Chalus : « Une vieille maison de France – Du XIème siècle à la Révolution ». Cet ouvrage passionnant décrit toute l’histoire de la famille de Chalus depuis ses origines. Visiblement le Comte de Chalus (qui se trouve en fait être un de mes cousins …) a eu accès à des archives très intéressantes et riches.

J’ai donc naturellement cherché les informations qui pouvaient se ramener à mon Pierre de Chalus. Mais voilà, celui-ci étant manifestement un cadet et n’appartenant pas à la branche de l’auteur, il n’est pas mentionné … ou presque. En effet, à la page 23 de l’ouvrage on peut lire :

« Jean de Chalus, qui épousa plus tard Marie de Lisle, était né dans la paroisse de la Baconnière, diocèse du Mans, le 2 octobre 1661 ; il était fils d’écuyer René de Chalus, sieur de la Poupardière et de Perrine le Bourdais ;
Il épousa, le 26 juillet 1683, dans la (paroisse) commune de la Croixille du Désert, Madame Marie de Lisle ».

Mais cette dernière phrase portait un renvoi en bas de page indiquant :

« Jean de Chalus avait un frère, sieur de la Motte, époux de demoiselle Léziard, père de Maurice, sieur de la Motte, et d’Antoinette (…) »

Ainsi, mon Pierre de Chalus, sieur de la Motte serait le frère dudit Jean de Chalus, mais il serait époux d’une certaine demoiselle Léziard … Alors que le mien était le mari de Jeanne Manceau.

Il ne me restait donc qu’à repartir à la chasse aux informations, à commencer par la descendance de René de Chalus et de Perrine le Bourdais. De leur union en date du 23 novembre 1649 naquirent 9 enfants :
  • Renée, née le 5 février 1652 à la Baconnière
  • Pierre, né le 2 novembre 1653 à la Baconnière
  • René, né le 12 juillet 1656 à la Baconnière
  • Perrine, née le 10 avril 1659 à la Baconnière
  • Jean, né le 2 octobre 1661 à la Baconnière
  • Jeanne, née le 5 août 1664 à la Baconnière
  • Jacques, né le 6 janvier 1667 à la Baconnière
  • Antoinette, née le 17 janvier 1668 à la Baconnière
  • François, né le 18 octobre 1670 à la Baconnière

Je retrouve donc bien un Pierre de Chalus né en 1653 et le Jean dont il est parlé plus haut, né en 1661.

Le premier constat est que le Pierre de Chalus né en 1653 peut être celui que je recherche car sa date de naissance est compatible avec un mariage en 1694. Il aurait certes 41 ans, mais cela n’est pas impossible. Par ailleurs cet âge avancé serait peut-être le signe d’un mariage précédent dont il aurait été veuf.

Partons donc à la recherche de la fameuse union Pierre de Chalus et la Demoiselle de Léziard dont le Comte de Chalus parle dans son ouvrage.  Ici, je rends grâce à internet et à Geneanet car j’ai trouvé la trace d’une union entre ces deux personnes en 1681 à … Combourtillé en Ile-et-Vilaine ! Bon, la Baconnière était une paroisse frontalière, mais quand même. L’acte de mariage dit ceci :

"Ont été épousés Noble Pierre de Chalus, écuyer, sieur de la Motte de la paroisse de la Baconnière, province du Bas Maine et Demoiselle Moricette Leziart de la paroisse de Combourtillé, par moi maître Pierre Le …, prêtre de ladite paroisse qui leur ai administré la bénédiction nuptiale en ladite église après les proclamations faites sans opposition et selon les formes de notre mère la Sainte Eglise ga… en présence de Noble Homme Mathurin et Julien Leziart et Jean Johachim Denis Forest qui ne signe, le vingt quatrième jour de mai mil six cent quatre vingt un."

Bon, même si je tenais la preuve que Pierre de Chalus s’était marié deux fois : en 1681 avec Moricette Léziart et en 1694 avec Jeanne Manceau, je n’avais toujours pas d’information sur sa filiation autre que celles données dans un bas de page d’un livre écrit en 1896 …

Justement, le livre en question parle du mariage de Jean de Chalus avec Marie de Lisle en 1683. Allons donc voir à la Croixille : rien … Et à la Baconnière :

"Epousèrent solennellement en cette église suivant le certificat de Maître Mathieu Bigot, prêtre curé de la Croixille en date du vingt et sixième jour de juillet l'an mil six cent quatre vingt trois chacun de messire Jean de Chalus, écuyer, sieur de la Poupardière, âgé de vingt et trois ans ou environ, fils de défunt Noble René de Chalus et Perrine le Bourdais, ses père et mère, demeurant en la maison seigneuriale de la Rangère, paroisse de ladite Croixille et chacune de Marie de Lisle, veuve du défunt Julien Breteau, sieur de la Minochère, fille de Gilles de Lisle et de Catherine Salmon, ses père et mère, âgée de vingt et huit ans ou environ, demeurant au lieu de la Cocheterie de cette paroisse de la Croixille, en présence de Noble Pierre de Chalus, écuyer, sieur de la Motte, frère de l'épousé, de Pierre Anjuère, sieur de la Place, beau-frère dudit épousé, de Hadouin Gouffé, sieur de la Maisonneuve, beau-frère de l'épousée, de Jean le Bourdais l'aîné, sieur de la Bourganière, grand père de l'épousé, lesquels époux, Pierre de Chalus, Pierre Anjuère, Hadouin Gouffé, Jean le Bourdays ont signé les présentes et ladite Renée de Lisle a dit ne savoir signer
Fait le vingt et neuvième jour de juillet l'an mil six cent quatre vingt trois par nous vicaire de cette paroisse soussigné.
Raturé un mot nul"

Cela n’est pas le Graal, mais ça y ressemble : en effet, on a l’information qui manquait, à savoir que Jean de Chalus, sieur de la Poupardière et fils de René de Chalus (dont il avait hérité du titre et des terres) et de Perrine le Bourdais avait un frère Pierre de Chalus, sieur de la Motte. Ainsi, mon Pierre de Chalus était bien le fils de René de Chalus et de Perrine le Bourdais !

Pour compléter cette information, une autre est arrivée concernant le mariage de la sœur de Pierre de Chalus, Antoinette avec Jean de Romilly, le 27 novembre 1697, à la Baconnière.
Jusque là, rien de fondamental. Sauf que de leur union naîtra un certain Jean Pierre de Romilly. Or c’est précisément ce Jean Pierre de Romilly qui est cité comme témoin dans le mariage de Jeanne de Chalus, fille de Pierre de Chalus et Jeanne Manceau, avec Jean Tirouflet le 6 juillet 1730. Plus encore, Jean Pierre de Romilly est dit cousin germain de Jeanne de Chalus. Ce qui démontre que le père de Jeanne de Chalus est le frère d’Antoinette de Chalus et donc que « mon » Pierre de Chalus est bien celui qui est né en 1653 de l’union de René de Chalus, écuyer et sieur de la Poupardière et de Perrine Bourdais.

Voilà.

J’ai donc pu prouver la filiation de Pierre de Chalus en dépit d’un manque d’information dans ses actes de mariage, en prouvant qu’il était le frère d’enfants de René de Chalus et Perrine le Bourdais. D’ailleurs, pour la petite histoire, Jeanne Manceau décèdera le 5 octobre 1707 et Pierre de Chalus se mariera une troisième fois le 15 janvier 1709 à Saint-Hilaire-des-Landes avec Gilonne de la Touche : là encore aucune filiation ne sera mentionnée …

Quand on y regarde bien, les éléments qui m’ont permis de prouver cette filiation sont :
-    Une note en bas de page sur l’histoire de la famille de Chalus
-    Une mention de fratrie dans l’acte de mariage de son frère
-    Une mention de cousinage dans l’acte de mariage de sa fille

Quand on dit que chaque détail compte …


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Pour aller plus loin :

           

3 commentaires:

  1. Excellent ! Voilà pourquoi je dis qu'il faut toujours reconstituer les fratries et les descendances pour nous aider. Parfois, dans l'ancien régime, on ne mentionnait pas les parents des mariés lorsqu'il s'agissait d'un second mariage et qu'ils étaient majeurs.

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  2. Entièrement d'accord avec vous. Les informations doivent être sinon certaines au moins indiquées comme douteuses pour pouvoir être contrôlées ultérieurement.

    Les sites de partage généalogiques ne peuvent donc être considérés bien souvent que comme des indices et non des preuves et il faut identifier les utilisateurs sérieux

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  3. En recherchant la descendance de Jean Tirouflet, vous auriez trouvé le mariage de son fils Simon avec Renée RICOUX. Mariage célébré avec une dispense "du quatrième au quatrième degré de consanguinité". Par suite en remontant l'ascendance de chacun des époux vous auriez également eu votre réponse, ils descendaient tous deux de Jean Le Bourdais et de Renée Rebuffé

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